Chères lectrices, chers lecteurs,

Alors que se profile à l’horizon la saison traditionnelle des mariages, vous avez certainement entendu quelqu’un dire : « Ah non ! Là, pas possible, ce week-end je suis de mariage ! ». Formule employée par une personne pour annoncer, en l’occurrence, qu’elle est invitée à un mariage – et qu’elle prévoit d’y aller. Habitués à l’usage de cette expression dans d’autres tournures, notamment en référence à la provenance ou aux origines : « Je suis de Paris » ; « Ce bébé est de mère inconnue » ; « Le Médecin malgré lui est de Molière », on en oublie parfois ce premier sens.

Ellipse or not ellipse

Dans les différents cas ci-dessus, l’expression présente une ellipse, c’est-à-dire un raccourci syntaxique (je vous laisse consulter les grammaires si vous souhaitez une explication pointue de l’ellipse…) : un ou plusieurs mots sont supprimés de la phrase, ce qui ne la rend pas moins compréhensible pour autant. Par exemple :

« Je suis (originaire) de » ;

« Ce bébé est (né) de… » ;

« Ce livre est (l’œuvre) de ».

La locution être de… s’emploie donc pour signifier de manière sous-entendue « participer », comme dans « Je suis de mariage », ce qui sous-entend : « Je participe à ce mariage en tant qu’invitée (ou D.J., etc.) ». Dans ce sens, l’expression peut induire parfois une contrainte lorsque, par exemple, vous êtes encore de réunion, ou une obligation légale, lorsque votre travail implique que vous devez être dastreinte.

Autre sens : être de… peut exprimer une notion d’appartenance à un groupe et vouloir dire « faire partie » comme dans « Vous êtes du métier » ; « Je suis de la famille » lorsque votre interlocuteur fait partie de celles et ceux qui exercent le métier en question ou que vous êtes (un membre) de la famille.

Il existe enfin un sens dans lequel, cette fois, l’expression ne présente pas d’ellipse. C’est le cas lorsque vous décrivez quelque chose ou bien l’apparence, le caractère ou le comportement d’un être vivant :

« Ce tissu est d’une telle élégance ! » ;

« Ce paysage est d’une beauté sans pareille ! » ;

« Cet animal est d’une majesté époustouflante ! ».

Des variantes lexicales

Même si être à… entre dans la composition d’une majorité d’expressions françaises, être de… apparaît de très nombreuses fois aussi dans le langage soutenu, courant ou familier (voire péjoratif).

Voici quelques-unes de ces expressions :

« Fais comme si de rien n’était ! » lorsque vous demandez à quelqu’un d’oublier sciemment qu’un événement s’est produit ;

« Il n’est plus de mise de… » pour signifier qu’il n’y a plus lieu de faire ainsi ;

« Il est de rigueur de… » si vous voulez dire qu’il est obligatoire de procéder de telle façon ;

« Elle est de sortie ! » à employer si la personne est partie se distraire ;

« Ils sont de bon conseil » lorsque vous avez obtenu l’avis de personnes sérieuses.

Certaines variantes peuvent avoir des sens différents selon les cas.

Par exemple, « Être de la revue », expression que j’ai découverte en rédigeant ce billet. Apparue au XIXe siècle « pour désigner des espérances déçues » nous dit le site Expressio.fr, elle n’est suivie d’aucun mot. Plus couramment, elle s’emploie de manière décomposée, comme lorsqu’un journaliste se présente à vous en disant : « Je suis de la revue Que Choisir et j’aimerais vous poser quelques questions ». Vous noterez, alors, que le terme revue est suivi d’un attribut et n’est pas le dernier mot de la phrase.

Être au-delà du paraître

Pour finir sur une note moins festive que mon introduction, le monde d’aujourd’hui fait la part belle à l’Être. Chacun cherche son soi, quelles que soient ses origines et ses faits et gestes. Le risque est de s’enfermer dans cette quête. Ou, comme c’est le cas de certaines célébrités qui montrent un fort besoin d’être quelqu’un, de se perdre dans les mirages de l’image et du paraître.

Ce risque est d’autant plus grand de nos jours que les adolescents et jeunes peuvent ressentir un profond malaise de n’être rien si leurs vêtements ou leurs comportements s’éloignent de ceux de leurs pairs. Ou peuvent souffrir de n’être pas assez « populaires » s’ils obtiennent peu de « Like » sur les réseaux sociaux.

Chers parents, pour les aider à tendre vers l’équilibre entre l’être et le paraître, glissons à nos adolescents et jeunes les paroles d’un chanteur américain mondialement connu, autrefois rebelle, évoquant avec sagesse sa propre expérience : « The image is one thing and the human being is another. » (L’image est une chose et l’homme en est une autre.)*

Céline

*Les mots prononcés par Elvis Presley lors de la conférence de presse du 9 juin 1972 au Madison Square Garden sont précisément : « Well, the image is one thing and the human being is another, you know, so… It’s very hard to live up to an image, I’ll put it that way. » Cette citation pourrait se traduire ainsi : « Euh… Vous savez… L’image est une chose et l’homme en est une autre, et… C’est très difficile d’être à la hauteur de son image, pour ainsi dire. » Vous pouvez retrouver l’ensemble de l’interview ici.

©Céline Bouvier Barache

www.celinebouvierbarache.com

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