Chères lectrices, chers lecteurs,

Il y a quelques jours, je revenais en voiture de l’espace de co-working situé dans une ville voisine, écoutant la radio, l’esprit encore empli de la motivation que me procurent les bonnes ondes de ce lieu.

Je me souviens de musiques apaisantes et de voix chaleureuses. Aux feux rouges, mes pensées vagabondaient. L’animateur et son invité ne dissertaient pas de littérature ni de linguistique. Aucune explication savante n’était donnée, plutôt une opinion ou un sentiment personnel. Ils évoquaient peut-être une musique, un son, la performance d’un musicien. Ou bien était-ce un événement culturel* ? Je ne sais plus précisément.

L’animateur parlait, expliquait et soudain a prononcé l’expression « fendre l’air » avec une insistance feutrée et en haussant légèrement le ton. Sa voix semblait s’épanouir après un long cheminement monotone. Comme s’il avait enfin trouvé les mots qui traduisaient exactement sa pensée. Cela m’a fait l’effet d’une révélation : cette expression ferait l’objet d’un prochain billet.

Il me semblait important de partager avec vous le pourquoi-comment de mon choix pour ce billet mensuel avant d’arriver jusqu’à ce sens imagé du verbe « fendre », qui signifie « s’ouvrir un chemin à travers » nous dit le Petit Robert. Par exemple, le bateau fend les flots, l’oiseau fend l’air, le héros fend la foule, etc.

Je n’ai trouvé que le dictionnaire de l’Internaute qui définisse « fendre l’air » comme expression. Et cette définition insiste sur la notion de rapidité du mouvement : « traverser ou progresser dans l’air en effectuant des déplacements rapides ».

Aucun bruit ne parvient à vos oreilles… Ou plutôt, un sifflement à peine perceptible. Impressionnante, cette idée de déplacement ultrarapide ! Êtes-vous en train de visualiser comme moi cette flèche qui atteint sa cible tellement vite que notre regard d’humain peut difficilement suivre ?

Décidément, la vitesse et l’air font bon ménage avec le verbe « fendre ». À ce propos, le site Expressio.fr recense l’expression « fendre la bise » et la définit comme « aller très vite », la bise désignant « un vent fort et rapide, une masse d’air que celui qui va vite « fend » pour avancer. » On dit aussi dans le centre de la France « à toute bise » pour dire « à toute vitesse ». Et, tout autre sens, vous vous souvenez du vers** de Jean de La Fontaine – poète admirable de perspicacité – qui fait référence à la bise pour désigner l’hiver ? Mais là, je m’éloigne vraiment de notre « fendre l’air »…

Cette expression renvoie pour moi à un mouvement soudain, vif, précis, effectué avec habileté et profondeur.

Par ailleurs, ce qui fend l’air peut être massif mais l’impression que nous pouvons en avoir est celle de légèreté, de subtilité. Tel l’effet d’une « main de fer dans un gant de velours, » c’est ce paradoxe qui m’intéresse. Vous voyez cette énorme hache percer l’air, avec force et grâce en même temps, avant d’atteindre le tronc de l’arbre ? L’alliance d’un verbe très concret, intense, synonyme de diviser, couper, qui peut susciter l’effroi, avec un substantif qui évoque la pureté, la douceur, la délicatesse. Voilà qui est passionnant à mes yeux.

C’est étonnant comme cette expression « fendre l’air » est visuelle : tels les pleins phares d’une voiture dans la nuit noire, elle nous éblouit sans prévenir. Et pourtant elle n’est pas rare ni nouvelle. De la même façon (je crois) que l’animateur radio qui l’avait prononcée ce jour-là, j’ai ressenti en l’entendant cette admiration qui nous saisit face à un exploit, comme si quelque chose d’extraordinaire se produisait devant moi.

Trêve de lyrisme… sincère, pour ma part mais revenons-en à vous.

Qu’évoque pour vous cette expression « fendre l’air » ?

À bientôt !

Notes de bas de page :

* En rédigeant ce billet, j’ai trouvé sur Internet une exposition intitulée « Fendre l’air » actuellement au musée du quai Branly, sur l’art de la vannerie japonaise en bambou.

** La Cigale et la Fourmi, Livre I des Fables de La Fontaine

©Céline Bouvier Barache

www.celinebouvierbarache.com

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