Il y a quelques temps, j’ai relu et corrigé les règles d’un jeu de société nouvellement créé. Autant concevoir une règle ou une notice est difficile, autant la relecture de ce type de document présente elle aussi quelques défis. Vous avez peut-être déjà été amenés à lire une règle ou une notice incompréhensible car bien souvent le document n’a pas été sérieusement, voire pas du tout, relu avant sa publication et son envoi avec le produit qu’il accompagne.

Un passionné, un vrai, qui préfère les jeux de plateau bien complexes m’a démontré l’importance d’une règle de jeu de société. Très attaché à ces règles de jeu, il aurait pourtant tendance, paradoxalement et guidé par son esprit curieux et de terrain, à déballer un nouveau produit avant de lire la notice qui s’y rapporte. Pour lui, une règle de jeu de société permet avant tout de comprendre le fonctionnement du jeu et d’en faciliter la prise en main mais aussi de connaître le cadre imposé aux joueurs, démarrer rapidement le jeu et adapter ses tactiques aux contraintes indiquées.

Esprit curieux moi aussi, j’aime beaucoup découvrir les nouveautés et cela concerne aussi les jeux. Le thème de ce jeu en phase finale de création dont j’avais à relire et corriger les règles ne m’avait cependant pas captivée à première vue. Pourtant, je me suis prise… au jeu !

Parce que, je ne suis pas une passionnée de jeux de société mais je m’enflamme pour la lecture de toute forme d’écrits (en français et en anglais) et pour mon activité de relecture-correction-réécriture (en français) 😉 !

Également parce que cela impliquait d’essayer ce nouveau jeu, d’en identifier les particularités, de trouver un chemin vers le raisonnement de son créateur, de découvrir les objectifs et le déroulement du jeu et enfin d’aider à faire en sorte que ce jeu et les façons d’y jouer soient compréhensibles par tous, enfants et adultes. Grâce à la maquette en carton du jeu, j’ai pu tester « dans le réel » et finalement prendre goût au thème !

Je fais là une (longue) parenthèse sur l’apport du « test », au sens d’un « essai partiel de fonctionnement » tel que défini par le Nouveau Petit Robert de la langue française. Pour le professionnel qui relit, reprend, met à jour ou traduit les notices explicatives, modes d’emploi ou livrets d’information, toutes ces « documentations produits » et applications logicielles font partie intégrante d’un appareil technique ou d’une nouvelle technologie. Je me souviens avoir participé, il y a plusieurs années, à la traduction d’applications pour des téléphones portables et de logiciels (cette dernière activité est connue sous la dénomination de « localisation »). Il était nécessaire de tester concrètement et instantanément le choix de la traduction d’un mot ou d’une phrase sur l’écran du téléphone ou de l’ordinateur pour adapter le texte aux contraintes linguistiques mais aussi à la réalité imposée par la taille de l’écran. C’était l’une des parties les plus intéressantes de mon travail. C’était très motivant de pouvoir interagir en situation avec un objet et je pense que cela peut bénéficier à tous, du concepteur à l’utilisateur final, car plus il est possible de rendre concrète une création abstraite, plus le résultat va correspondre à la réalité et être de qualité.

Revenons-en à la relecture de cette règle de jeu. Si je n’avais pas eu entre les mains ce « petit bout de papier », je n’aurais peut-être pas été aussi facilement et rapidement convaincue de la portée ludique et éducative de ce jeu. Mine de rien, ce petit bout de papier a donc de l’importance effectivement. Tout comme le mode d’emploi de votre téléphone portable ou la notice de montage de votre lit superposé.

En effet, le créateur d’un jeu de société base sa création sur des principes ludiques mais aussi sur une histoire et souhaite parfois faire connaître un domaine et transmettre plusieurs messages dont la possibilité d’atteindre le « but du jeu » en coopérant (jeu de coopération) et pas uniquement en s’affrontant ou en se comparant.

Même si tout est fait de nos jours pour une utilisation simplifiée et une compréhension intuitive de notre environnement, vous pouvez passer à côté d’informations cruciales si vous ne prenez pas un temps pour lire les documents accompagnant les différents objets ou applications qui font partie de votre quotidien.

« Pourquoi est-ce si important de lire les règles d’un jeu ou le mode d’emploi d’un appareil ? », insistent les plus incrédules.

Parce que :

1.     Le concepteur du jeu, de l’objet, de l’appareil ou de l’application a passé du temps à concevoir ce document, à trouver la façon la plus lisible possible de transmettre son savoir, de partager ses connaissances pour vous être utile et agréable et il a fait appel aussi à un(e) professionnel(le) de la relecture-correction pour l’aider à atteindre cet objectif 😉 ;

2.     Sans ce document, vous ne pourrez pas jouer à ce jeu de société, à moins qu’il ne s’agisse d’un jeu que vous connaissez par cœur car vous y avez joué toute votre enfance un nombre incalculable de fois, dans tous les sens et dans toutes les positions ;

3.     Sans ce papier ou cette interface, ce sera comme quand vous débutez l’apprentissage d’une langue étrangère et qu’un autochtone vous parle : vous retenez quelques mots et faites des suppositions sur ce qu’il veut vous dire. Le résultat est un plaisir limité de discussion ou de jeu et une grande frustration à cause d’une difficile interaction entre cette personne et vous ;

Ce petit bout de papier vous permet de décrypter le raisonnement du concepteur. Et parfois, il y a un fossé de géant entre son point de vue et le vôtre. Car chaque cerveau est unique et chacun voit les choses de sa fenêtre. Même si vous vous mettez à la place de quelqu’un et malgré toutes les catégorisations étudiées par les spécialistes qui veulent classer les différents types d’intelligence et cartographier le cerveau, il est peu probable de penser de la même façon, au même moment et dans les mêmes conditions qu’une autre personne.

4.     Le concepteur du jeu ou de l’objet vous explique comment se servir de ce qu’il a conçu. Il vous donne l’objectif de sa création, le pourquoi et le pourquoi faire. Il décrit ce que vous voyez ou touchez : tel un metteur en scène, il met en place les éléments importants (dans le cas d’un jeu, la liste du contenu avec les pièces, etc.). Et il vous communique les différentes méthodes, « variantes », les différentes solutions aux situations ou problèmes rencontrés.

Fervente protectrice de la liberté de penser et d’agir, j’accorde néanmoins toute leur importance à ces documents, sous quelque forme que ce soit, qui accompagnent objets, matériels, logiciels, jeux ou jouets et qui constituent des repères pour nous aider à comprendre notre environnement. Les relire et les corriger vont donc de soi.

Sur ces paroles à méditer, je vous dis au mois prochain.

Céline

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