Pour ce billet mensuel, ma première intention était de parler du bilinguisme.

Puis en y réfléchissant, je me suis rendu compte que la tendance était souvent d’opposer « bilingue/non-bilingue » mais pas tellement « bilingue/bilangue », ce dernier terme étant pourtant source de confusion pour certaines personnes et ces deux sujets déclenchant régulièrement des débats passionnés aussi bien dans les médias que dans les cercles personnels et professionnels de chacun.

Pourquoi une telle polémique autour du bilinguisme ? Les « pour » et les « contre » s’affrontent dans une joute oratoire où se mêlent allégrement admiration et mépris, fascinante contradiction qui se rencontre par exemple en France.

En effet, dans notre pays, où dorénavant certains employeurs recalent des ingénieurs hyper compétents dans leur spécialité mais avec des lacunes en anglais, être bilingue ou avoir appris une langue étrangère, voire plusieurs, semble encore fréquemment fasciner les Français, donnant à l’heureux élu une touche d’exotisme, un petit quelque chose en plus.

Cette fascination est peut-être moins flagrante parmi la génération Erasmus pour qui apprendre une langue étrangère était une évidence, un peu comme apprendre n’importe quelle autre matière scolaire.

Qu’est-ce alors « être bilingue » ? Le dictionnaire nous dit qu’est « bilingue » celui ou celle qui « possède parfaitement deux langues ».

Même si la probabilité d’être complètement bilingue, à savoir pratiquer couramment et indifféremment deux langues, n’est pas aussi forte qu’on pourrait le croire, le programme Erasmus et tous les cursus de l’enseignement supérieur développant l’apprentissage des langues étrangères ont le mérite de favoriser l’ouverture à d’autres cultures et civilisations, le brassage des idées et l’émergence de solutions nouvelles.

Un tel environnement est propice à une plus grande tolérance, à une acceptation en profondeur de la différence, à une prise de recul facilitée des réalités culturelles et à une vision plus humble de la vie.

L’admiration constatée de certaines personnes pour leurs compatriotes dits bilingues vient peut-être d’une vision idyllique de ce qui est « international » ?

Méfions-nous de certains raccourcis selon lesquels les personnes bilingues seraient supérieures ou meilleures que celles qui n’auraient pas été au contact régulier de langues différentes de leur langue maternelle. Chacun(e) a des aptitudes et des manques qui lui sont propres, chaque individu décide d’en faire quelque chose ou non même si, bien sûr, des circonstances extérieures et difficilement maîtrisables entrent en jeu et peuvent contrecarrer ses choix. Pourquoi mettre en avant la compétition, la performance exceptionnelle ?

À présent, venons-en à l’examen des adjectifs « bilingue/bilangue ».

D’où vient ce terme « bilangue » qui ne figurait pas dans les dictionnaires il y a quelques années ? J’en ai entendu parler pour la première fois par un parent d’élève il y a 5 ans, au moment de l’inscription de son enfant au collège. Ce mot est issu d’un dispositif mis en place par le ministère de l’Éducation nationale dans les établissements du second degré : les « classes bilangues ». Je ne vais pas ici vous détailler ce cursus car je ne suis pas spécialiste de la question ni professeur ou haut fonctionnaire du ministère. Je vous relate simplement mes réflexions et points de vue.

Le parcours bilangue, créé en 2005 initialement pour promouvoir l’enseignement de l’allemand au collège, propose, aux élèves qui le souhaitent, d’étudier deux langues étrangères dès la classe de 6ème.

À mon époque, dans les années 80, une première langue vivante était enseignée en 6ème et une seconde en 4ème.

Depuis la réforme du collège en 2016, les collégiens apprennent une seconde langue étrangère dès la 5ème. Cette même année, le dispositif « classe bilangue » a été supprimé pour finalement être autorisé à partir de 2017 aux seuls élèves ayant déjà étudié deux langues étrangères à l’école élémentaire.

Que l’on apprenne une autre langue que sa langue maternelle en première, en deuxième ou en troisième année de collège, qu’est-ce que cela change réellement ? À mon avis, pas grand-chose !

Ne s’agirait-il pas aujourd’hui d’une mode, voire d’une façon de « trier » les élèves, une forme de sélection : les élèves déclarés « bons » choisiraient le parcours bilangue et ceux déclarés « mauvais » se contenteraient du parcours classique ?

Je pense que ce système a montré ses limites et a perdu tout son sens, si tant est que sens il y avait à le mettre en place. Il favorise l’inégalité des chances car il n’inclut pas en réalité tous les élèves, est considéré comme une option mise en place dans certains collèges seulement et tant que sera maintenu l’impératif d’avoir étudié les langues choisies dès l’école primaire.

On s’est aperçu que ce système augmentait le nombre de dérogations, les élèves choisissant ce dispositif pour éviter de s’inscrire dans leur collège de secteur mais sans réelle appétence pour les langues.

De même, il a été constaté que ce n’était pas un choix mûri et engagé de certains élèves mais bien de leurs parents pensant et voulant bien faire pour leurs enfants, persuadés que ces derniers seraient ainsi dans des classes regroupant les élèves dits meilleurs.

Essayons de laisser les ados choisir en les influençant le moins possible, simplement en les guidant, en les aidant à identifier leurs forces, leurs axes d’amélioration, en les poussant à penser par eux-mêmes…

Ce qui changerait serait par exemple de privilégier la qualité et non la quantité, d’enseigner une seule langue étrangère en 6ème mais différemment, en mettant l’accent sur le contenu et la méthode d’apprentissage (professeur étranger dont la langue enseignée est sa langue maternelle, pédagogie active, créative et positive, solidité des acquis à l’écrit en favorisant l’expression écrite et orale, classe à effectifs réduits, suppression des notes, mise en avant de la coopération, de l’échange et non de la compétition, etc.).

Je suis de cette génération Erasmus – il y a 30 ans, baccalauréat Lettres Langues (A2), puis cursus Langues étrangères appliquées et école de traduction – et j’ai toujours espéré ces changements qui commencent à poindre le bout de leur nez…

Sans en faire un critère de sélection, je pense qu’il est primordial de bien connaître sa langue maternelle et d’apprendre au moins une langue étrangère de manière approfondie (il me paraît préférable de concentrer son apprentissage sur une seule langue étrangère plutôt que deux, trois ou quatre).

Par ailleurs, une personne bilingue ne sait pas forcément traduire ou interpréter tout comme un traducteur ou un interprète talentueux n’est pas toujours pleinement bilingue. Mais là, c’est encore un « mythe » qui pourrait faire l’objet d’un autre billet de blog…

Dites-moi ce que vous en pensez, la discussion est bienvenue !

Céline

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